L’interprétation des restes osseux animaux trouvés sur le site de Cucuruzzu

14 octobre 2026

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Frédéric LARTOU

À Cucuruzzu, les os animaux pourraient renseigner sur les repas, les activités et les ressources d’une communauté installée au cœur de l’Alta Rocca. Mais les informations disponibles ici ne donnent ni inventaire faunique détaillé ni résultats d’analyse permettant d’attribuer des espèces au site.


Cette distinction est essentielle : l’Archéozoologie éclaire les sociétés à partir de vestiges concrets, mais ses conclusions dépendent des os effectivement recueillis et étudiés. Pour interpréter les Restes fauniques sans extrapoler, il faut d’abord les replacer dans l’histoire et les espaces de Cucuruzzu.


A retenir :


  • Distinction entre données archéologiques attestées et hypothèses interprétatives
  • Rôle du contexte de fouille dans l’analyse des ossements
  • Indices potentiels sur l’alimentation, l’élevage et les pratiques bouchères
  • Importance des collections de référence pour identifier les espèces

Restes osseux animaux à Cucuruzzu : replacer les découvertes dans leur contexte


Cette prudence prend tout son sens lorsqu’on considère l’ancienneté et la complexité du site, occupé à plusieurs périodes. Cucuruzzu se trouve sur le plateau de Levie, où des occupations humaines se succèdent du Néolithique jusqu’au Moyen Âge.


Un castellu de l’âge du Bronze aux usages multiples


Dans ce cadre, le castellu torréen constitue le principal repère pour comprendre les contextes archéologiques. Le monument fut édifié à l’âge du Bronze et fréquenté jusqu’à la fin du troisième siècle avant notre ère.


Selon Roger Grosjean, les fouilles menées à partir de 1963 ont notamment révélé des céramiques, des objets lithiques et des fragments de bronze. Ces éléments ne prouvent pas la présence d’espèces animales particulières, mais ils rappellent que chaque vestige doit être associé à une couche et à un lieu précis.


Des espaces distincts, des interprétations à nuancer


La répartition des vestiges compte autant que leur nature, car l’enceinte, la coursive et les espaces de stockage n’avaient pas nécessairement les mêmes fonctions. Un os trouvé dans une zone de circulation ne s’interprète donc pas automatiquement comme un reste de repas préparé sur place.

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Selon les descriptions archéologiques de Cucuruzzu, certains diverticules ont été interprétés comme des espaces de réserve, tandis que des traces de foyers ont été observées sur une terrasse. Il faudrait toutefois disposer des données de fouille propres aux ossements pour relier ceux-ci à ces usages.


Les repères chronologiques et spatiaux rendent ainsi possible une lecture plus fine des méthodes d’étude, sans confondre contexte général et résultat faunique établi.


Repères archéologiques de Cucuruzzu :


  • Implantation sur un chaos granitique du plateau de Levie
  • Fréquentation attestée dès le Néolithique par du matériel lithique
  • Construction du castellu à l’âge du Bronze
  • Découverte du site signalée en 1959

Repère Information documentée Intérêt pour l’étude
Néolithique Présence de matériel lithique Signale une fréquentation ancienne
Âge du Bronze Édification du castellu Cadre possible des occupations étudiées
Second âge du Fer Occupation jusqu’à la fin du IIIe siècle avant notre ère Repère pour dater les contextes
Moyen Âge Construction de Capula sur une structure plus ancienne Risque de remploi et de mélange des matériaux

Archéozoologie : identifier les espèces et lire les traces


Une fois le contexte établi, l’analyse passe des couches archéologiques aux caractéristiques des os eux-mêmes. Cette étape sépare les observations mesurables des interprétations sur la Faune domestique, la Faune sauvage ou les activités humaines.


Identification taxonomique et parties anatomiques


Selon l’INRAP, les spécialistes confrontent les formes osseuses à des collections de référence pour déterminer l’espèce et la partie anatomique. L’Identification taxonomique peut être limitée par la fragmentation, l’état de conservation ou la ressemblance entre espèces proches.


À Cucuruzzu, aucun décompte d’ossements par espèce n’est fourni dans les données disponibles. Il serait donc infondé d’affirmer que bovins, caprinés, porcs ou animaux sauvages composent le corpus du site.


Taphonomie, traces de découpe et conservation


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En complément de l’identification, la Taphonomie étudie les transformations subies par les os après leur dépôt. Brûlures, cassures, morsures ou altérations du sol peuvent aider à distinguer les gestes humains des processus naturels, à condition que ces traces soient observées et décrites.


Les Pratiques bouchères et l’Alimentation peuvent être discutées à partir de marques de découpe ou de chauffe, mais de telles traces ne sont pas documentées ici pour Cucuruzzu. L’Élevage et la chasse ne peuvent donc être caractérisés localement sans résultats publiés sur les spécimens concernés.


Cette méthode conduit à une lecture mesurée des indices disponibles, puis ouvre sur leur portée économique et sociale.


Indices examinés par les spécialistes :


  • Forme et dimensions des os conservés
  • Correspondance avec des collections de référence
  • Traces de découpe, de chauffe ou de morsure
  • Position stratigraphique et état de conservation

Observation Question étudiée Limite d’interprétation
Forme osseuse Quelle partie anatomique est représentée ? Les fragments incomplets réduisent la précision
Caractères morphologiques Quelle espèce peut être reconnue ? Des espèces proches peuvent se ressembler
Marques de surface Un geste humain est-il envisageable ? Les altérations naturelles peuvent brouiller les traces
Position dans la couche À quel contexte appartient le vestige ? Le remaniement peut mélanger plusieurs périodes

Paléoéconomie de Cucuruzzu : ce que les os peuvent révéler


Après l’identification et l’étude des traces, les restes animaux peuvent contribuer à la Paléoéconomie du site. Leur intérêt dépasse le menu quotidien : ils peuvent documenter la gestion des ressources, les échanges et l’organisation des activités.


Alimentation, élevage et ressources du territoire


Selon Cesari et ses coauteurs, Cucuruzzu s’inscrit dans un paysage insulaire occupé sur de longues périodes, avec des vestiges matériels qui éclairent différentes activités humaines. Pour attribuer un rôle précis aux animaux, il faudrait néanmoins connaître les espèces identifiées, leur abondance et leur répartition dans les espaces fouillés.


Un assemblage bien documenté pourrait comparer la Faune domestique et la Faune sauvage, puis examiner les âges d’abattage ou les parties consommées. Ces critères aideraient à discuter l’Élevage et l’Alimentation sans réduire l’économie ancienne à une simple liste d’espèces.


Des données nécessaires pour dépasser les hypothèses


La prudence s’impose aussi parce que les occupations successives de Cucuruzzu et de Capula compliquent parfois la lecture des matériaux. À Capula, des éléments anciens ont été réemployés dans des constructions médiévales, ce qui montre pourquoi la provenance doit être vérifiée avant toute interprétation.


Pour établir un bilan fiable, il faudrait consulter les rapports de fouille, les inventaires fauniques et les études spécialisées associés aux campagnes archéologiques. Sans ces éléments, Cucuruzzu offre un contexte prometteur pour l’Archéozoologie, mais pas un régime alimentaire animal démontré.


Données à rechercher pour préciser l’interprétation :


  • Inventaire des os par couche et secteur de fouille
  • Liste des espèces identifiées et méthode employée
  • Fréquence des marques de découpe et de chauffe
  • Comparaison avec les sites contemporains de Corse

Sources : Roger Grosjean, « Le complexe torréen fortifié de Cucuruzzu (Lévie, Corse). Première campagne de fouilles, 1963 », Bulletin de la Société préhistorique française, 1964 ; Joseph Cesari et al., Corse des origines : La préhistoire d’une île, Éditions du Patrimoine, 2016 ; INRAP, « Faire parler les restes animaux », INRAP Magazine.

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